Ladies and gentlemen, let me introduce you to l'an 2000 ! ! ! Clap, clap, clap (bravos polis, mais légèrement inquiets). Oui, vous l'attendiez tous. Le voici, le voilà : le beau, le grand, l'unique, le Petit Journal des Ricou de l'An 2000. Non, vous n'avez pas raté les 1998 numéros précédents ! Il s'agit bien du numéro 3. Le numéro du Y2K ou plus simplement de l'an 2.10 puissance 3. Après avoir tout bien recompté plusieurs fois, le centre du contrôle de la vérification du passage à l'an 2000 a donné son feu vert pour cette nouvelle publication magistrale. Êtes-vous toujours là, merveilleux lecteurs ? En effet, le journal a été spécialement débugué pour vous, mais n'en a pas moins conservé son retard, sa bonne humeur et sa mauvaise foi habituelle. En même temps que le vieux siècle, nous allons enterrer le PJRA. Les petits Ricou d'Abidjan, frappés par la destinée fatale qui venait de bouleverser l'avenir du sort de leur vie, ont, finalement, déménagé à Yaoundé, en emportant veaux, vaches, cochons et bons souvenirs. Ce sont ces aventures palpitantes que ce nouveau Petit Journal va vous révéler à la suite. En attendant, toute l'équipe de la rédaction vous propose de faire un voeu, au choix, et espère qu'il sera vite exaucé. Et, s'il vous plaît, n'oubliez pas d'éteindre la lumière en quittant le 20e siècle.
X.R.







Déviations africaines

Pour le moment, pas encore besoin d'écoopware, le logiciel pour éviter le naufrage de la coopération française. Alors que la Côte d'Ivoire hoquetait dangereusement et avant les douze coups de minuit, il fut question de reconversion professionnelle au département des effets escomptés non échus. Un poste de capitaine ad hoc au Cameroun était proposé à Xavier ; le conseil de famille réuni en grande pompe décida de l'accepter. En pratique, il s'agit de faire l'urbaniste sur un projet mou (soft) d'appui aux collectivités locales. Il s'agit aussi de faire l'architecte sur plusieurs projets en béton (hard) : centre culturel français, alliances franco-camerounaises, école de police, consulat, musée, etc. Il s'agit, enfin, de fréquentes missions à l'intérieur du pays, effectuées en français et en anglais, dans un vieux gros 4x4. Bref, une heureuse dispersion professionnelle.



Boires et déboires

Ça va vous faire rigoler doucement. Ils vont vous dire qu'en arrivant, il n'y a pas eu d'eau dans toute la ville pendant un mois ; vous allez leur dire que vous avez eu la tempête du siècle. Ils vous diront que l'électricité et le téléphone étaient régulièrement coupés ; vous leur parlerez de marée noire et de grève générale des transports. Ils vous diront qu'ils ont échappé au coup d'état d'un petit pays creux de tyrannie imprécise ou d'africanie occidentale, et les plus secoués d'entre vous leur répondront que la terre tremblait chez eux ou que des soldats fous incendiaient leurs villages. Heureusement, il n'y avait pas de compétition, mais, tout de même, ces premiers mois furent, comment dire, très « africains ».



Transfert de masses

500 kilos de bric à brac et une Scénic, tout un tas de bric et de broc, cheap et kitch, tout bien arrivé par bateau Après une escale de 15 jours à l'hôtel, toute la famille a été logée dans un appartement assez grand pour y faire du vélo, avec une vue magnifique sur la ville. Le cuisinier est excellent, avec une bonne vue aussi, mais il réussit moins bien les arcs-en-ciel et les couchers de soleil. Bien sûr, les murs sont encore un peu vides, mais on compte sur les plus jeunes artistes de la famille pour changer cela.







Pêche à la Crevette

Il faudrait, lorsqu'on arrive quelque part pour la première fois, rapidement noter les impressions surprenantes, avant que le quotidien ne les estompe. Lorsqu'en 1472, le navigateur Portugais Fernando Po remonte les rives du Wouri, il s'étonne de la grande quantité de crevettes qu'il y rencontre. Alors, le fleuve et le pays finissent par s'appeler « Camaroes », puis « Cameroun ». En septembre 1999, lorsque les petits Ricou accostent à Yaoundé, ils remarquent d'abord les nombreuses collines environnantes, puis la circulation subtilement anarchique où ne prévaut que la loi du plus fort, les deux pauvres feux rouges en état de marche de toute la ville, et partout des enseignes de pompes funèbres « Mission accomplie » ou « Fin de mission », des « gâteaux d'amour » à 25 francs, le chanteur « Petit piment » qui va se produire dans un « coin de plaisir », un coiffeur « Papa Bonheur » ou « Petit Combattant », un autocar pourri auto-baptisé « transporteur du 3e millénaire », etc. À part ça, 20 mètres d'eau par an sur les pentes du Mont Cameroun. Un peu moins à Yaoundé, mais, malgré tout, on ne sort pas souvent sans son scaphandre. Que cela ne vous empêche pas de rendre visite aux petits Ricou. Le pays est, à ce qu'on dit, l'un des plus beaux d'Afrique.



Au pays Sénégalien

Pour la première fois, c'est sur son île de Gorée que la famille petit Ricou a choisi de passer Noël et 2000 en compagnie de Mamijo, de ses petits Ritaly et de ses petits concubins Séraillet-Maurette. Il y a eu des pieds nus dans le sable, des poissons grillés, un ciel peint en bleu, des feux d'artifice sur la mer, l'hôtel des aviateurs de l'aéropostale à Saint-Louis, une ballade dans le désert mauritanien, un serrement de palmes aux pélicans, des bains de soleil, des bains de silence, des cadeaux comme s'il en pleuvait. Mieux, c'est pas possible ; au paradis peut-être ? Mais, y a-t-il seulement vue sur la mer au paradis ?



Gorée, île des esclaves et des signares




Et ailleurs encore

Ailleurs ? Non, pas tellement. Encore un peu de Bretagne en Twingo, simple et pétillant comme un verre de cidre doux, un poil de Normandie pour aller se prosterner avec des lunettes en carton devant l'éclipse du 11 août. Et puis, si, en parlant d'astres, une lune de miel à Lisbonne ; la destination en fut cachée à Xavier jusqu'à l'aéroport. Il en restera quelques fados écoutés au Virgin Megastore, des bars à morue, des azulejos plus vieux que des vrais, les plages de Caiscais et un trajet émétique en bus pour aller voir les châteaux meringués de Sintra.





Modestes agapes

Que tous ceux qui ont assisté à la fête de rattrapage du mariage des petits Ricou à Cabourg en soient vivement remerciés. Tant pis pour les autres, qui seront peut-être, ou pas, invités à leur prochain mariage. Y'avait Gilles et sa belle Nadia, arrivés en train de Germanie ; y'avait Daniel et sa belle décapotable, Jean-Pierre, Fabienne et tous les autres. Les nouilles étaient bonnes, le jambon orange, le foie gras gras, les nappes en papier, le déjeuner champêtre et le ciel clément. C'est sûr, ça donne envie de se marier plus souvent et d'inviter parents susceptibles, beaux-parents fâchés et tontons grincheux !





Capitalisme sauvage

C'est une histoire bien étonnante. Marina et Xavier avaient cherché à acheter un appartement à Paris, il y a dix ans, et puis la vendeuse s'était finalement désistée, au dernier moment. Il y a quelques mois, un notaire les contacte pour les informer que celle-ci était décédée et qu'ayant signé une promesse de vente, ils étaient prioritaires pour son éventuel rachat Dont acte. Après quelques hésitations, quelques grosses dettes et quelques gros travaux plus tard, l'appartement sera à louer, dès le mois de mars, en attendant d'héberger, un jour, un couple de petits Ricou et sa portée de deux : 3 pièces, 66 m2, près de la place de la République, Paris 3e. Avis aux amateurs.



Image de synthèse de la rue du Temple




Coïncidences célestes & acné tellurique

C'est très émouvant une éclipse de soleil. Enfin, pas pour tout le monde et pas partout. Á bolbeck, par exemple, après deux heures d'embouteillages sur l'autoroute, c'est moyen. Mais il existe des phénomènes naturels autrement plus impressionnants. Parfois, aux abords du Mont Cameroun, qui culmine à plus de 4000 mètres, le sol gronde, la nuit devient rouge et, soudain, la terre crache de ses entrailles un fleuve monstrueux de lave visqueuse qui glisse lentement vers la mer. Des centaines de curieux arrachent en courant des morceaux de roche incandescents, en souvenir de ces moments magiques (échantillon chaud gratuit sur simple demande). Une course marathon jusqu'au sommet du « Char des Dieux » aura lieu le 20 février. Qui détrônera Sarah Etongue, mère de famille nombreuse, arrivée cinq fois consécutives à la première place ?



Jolies colonies de vacances

Manoa et Josépha sont parties au Château La Roche, en Anjou, pour leurs premières colonies de vacances, où elles ont retrouvé leurs copains Théo et Johann. C'était presque tout comme dans la chanson. Feux de camp, vélo, cheval, tir à l'arc, etc. Tous les ans, elles voudraient qu'ça recommen-en-en-en-ce, mais sans elles ! Pour l'année prochaine, les parents essaieront de les persuader-er-er-er-er, youkaïdi, aïdi, aïda.





Particules élémentaires

Josépha : Capricorne, 8 ans, 132 cm, 36 de pointure et 36 kg aussi. Une pause repas, c'est quand elle arrête de manger pendant un petit moment.
« J'peux pas aller à l'école ce matin ». « Ben, pourquoi ? ». « Parce que la France, elle a besoin de moi ! ».
Attendait avec impatience qu'on lui coupe les cheveux. C'est fait.



Josépha, « Miss pressée »


Manoa : Balance, 10 ans, 133 cm, 29 kg, pointure 33.
Légère poussée d'embryons de doudounes (il y en a bien deux).
Quelques légers frémissements à la surface de l'eau qui dort. Belle carrosserie, mais moteur un peu compliqué.
Bonnes notes en classe, toujours pas terribles en société.



Manoa par Manoa


Marina : Bélier. Un chiffre rond à son âge, ça ne saurait tarder. Hauteur stable.
Victime d'une chute de « tout fout le camp ».
A arrêté d'arrêter de fumer et ne veut pas que cela se sache.



Exposition autour du cou de Marina


Xavier : Vierge. Vient de passer en quarantaine. Ne semble pas affecté par l'opération. Moumoute grisonnante. Quelques tassements différentiels, tout de même. Devra-t-il arrêter la crème Mont-Blanc et le lait concentré sucré ? Attend impatiemment d'être presbyte. Attend également un contact extraterrestre sur son ordinateur (http ://setiathome.berkeley.edu).



Avant-après, ou la vie risquée du chef de famille


Pompon : 5 mois, chat con.
Attend avec impatience qu'on lui coupe les coucougnettes.



Faire-part

L'état de santé de la poupée Lou, déjà chancelant l'année dernière, ne s'est malheureusement pas amélioré. Le docteur JR a pris la douloureuse décision de lui interdire de voyager au Cameroun et une famille d'adoption lui a été trouvée. Sa maman, qui a eu une nombreuse progéniture depuis, remercie chaleureusement toutes les personnes qui ont manifesté de la compassion à son égard.





Arts domestiques

Marina prétend qu'il n'y a pas beaucoup de perles au Cameroun. Mais, elle n'a pas beaucoup cherhé non plus. Alors elle passe des commandes en Côte d'Ivoire et continue, inlassablement, à composer des colliers. Ses premières expos camerounaises ont eu pas mal de succès. Elle donne aussi des cours d'arts plastiques à la maison et ça marche plutôt bien. Ses élèves repartent contents, de la peinture jusqu'aux oreilles, avec leurs colliers de nouilles et leurs cendriers en pâte à modeler. À propos de sourires, l'art traditionnel camerounais est plutôt déroutant : des visages grimaçants, des statuettes convulsées, torturées, souvent monumentales ; vraiment rien à voir avec l'Afrique de l'Ouest.

            


Pompon, esthète de félin
Etude de logo pour CFI-TV




Moujik de chambre

Le violon de Josépha était évidemment un caprice. Pas un seul professeur à Yaoundé qui puisse lui donner le moindre cours. C'était prévisible. Du coup, elle a suivi sa sur sur le chemin du piano et, toutes les deux ne se débrouillent pas mal du tout. Le papa en est tout époustouflu. Et puis, comme s'il ne pleuvait pas assez, Marina s'est mise au chant ; on croit rêver !



Ou tu joues juste, ou tu joues Tzigane !




Bogue story

Il ne faut jamais acheter les nouvelles mises à jour de n'importe quel logiciel de gestion de la vie quotidienne ! L'année dernière un de mes amis décide de se mettre à jour. Il a donc fait passer son programme Petite Amie version 12.4 vers Epouse v1.0. Malheureusement, il s'est vite rendu compte que ce programme accaparait beaucoup de ressources système et laissait peu de place pour les autres applications. À son grand étonnement, il a aussi vu son nouveau programme créer des sous-routines appelées Enfants 1.0, parasites bruyants et coûteux. Bien évidemment tous ces petits problèmes n'étaient absolument pas précisés sur la boîte d'emballage ou dans la notice d'utilisation. D'autres utilisateurs l'ont prévenu qu'ils rencontraient exactement les mêmes incidents. De plus, Epouse 1.0 se lance dès le démarrage de la machine et supervise toutes les autres activités du système. Autre point irritant : ce nouveau programme entraîne le plantage quasi systématique d'applications pourtant vitales telles que Nuit Football 4.3, Soirée Beuverie 7.5 ou encore Sexe Orgiaque 2.2. En installant Epouse 1.0 l'utilisateur n'a aucun contrôle sur l'opération et se retrouve donc obligatoirement avec des plug-ins indésirables, tels que belle-mère v5.7 ou beau-frère version Bêta. De plus, le programme a l'air de s'altérer avec le temps qui passe (sans compter des perturbations tous les 28 jours environ). Pour ma part, j'ai décidé d'éviter tous les problèmes associés à Epouse version 1.0 en restant sur Petite Amie 2.0. Néanmoins j'ai quand même rencontré quelques ennuis que je vais vous faire partager : apparemment il n'est pas possible d'installer Petite Amie 2.0 par-dessus Petite Amie 1.0 ; il faut d'abord désinstaller Petite Amie 1.0. Les autres utilisateurs me font savoir que c'est un bug éternel et que j'aurais dû être au courant ; il semblerait que cela soit un conflit de port I/O. De plus le programme de désinstallation ne fonctionne pas très bien et laisse des traces de l'application précédente dans le système (sous forme de mobiliers cassés et de sous-vêtements oubliés). Un dernier petit point noir : toutes les versions de Petite Amie envoient régulièrement des messages à l'utilisateur lui vantant les mérites de la mise à jour vers Epouse 1.0. Donc, méfiance ! (merci à Dom.)



Désormais, vous serez entendu




Zi End

« L'école du printemps »

À l'école du printemps, tout est ensommeillé ; ensommeillé comme des fleurs d'été.

Quand l'été arrive, c'est toujours la même chose, les fleurs écarquillent leurs pétales.

Quand le soleil brille dans le ciel, les fleurs s'épanouissent et s'écarquillent.

Soudain, il y a plus de soleil, la nuit tombe, les fleurs se referment très délicatement.

Les insectes aiment les fleurs, mais seulement le jour.

Les journées froides, elles restent fermées.

(Manoa, janvier 2000)


 

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