Destin tragique

Pour le grand public, le Radeau de la Méduse est, avant tout, un célèbre tableau de Théodore Géricault peint en 1819 et exposé au Louvre. Ce tableau raconte pourtant une histoire vraie, à la fois tragique et romanesque, qui a en partie pour cadre le Sénégal.


Après les guerres napoléoniennes, la France et l’Angleterre s’étaient partagé leurs lointains territoires au cours des traités de Paris de 1814 et 1815. Pour ce qui concerne le Sénégal, les Anglais devaient restituer Gorée et Saint-Louis. Pourtant les Anglais rechignaient à les restituer et occupaient toujours ces deux villes en 1816. Le Roi décida donc d’y envoyer un nouveau gouverneur, le colonel Schmaltz, afin d’en prendre officiellement possession. Un convoi de quatre navires appareilla le 17 juin 1816 en direction du Sénégal. Il était composé de l’Echo, de la Loire, de l’Argus et de la frégate la Méduse, dirigée par le commandant Chaumareys, un vieil officier sans expérience rappelé pour l’occasion. Après avoir essuyé son premier grain dans le golfe de Gascogne, le convoi s’est divisé, chaque navire poursuivant sa route vers le Sud. Le 2 juillet, parvenue à la hauteur de la Mauritanie, la Méduse, qui naviguait beaucoup trop près des côtes, s’échoua en plein jour sur le banc d’Arguin, très vaste haut-fond bien connu de tous les navigateurs confirmés. A ce moment, la situation n’était pas encore dramatique et tous les passagers, civils et militaires, étaient encore saufs et la côte était proche. Mais, l’incompétence manifeste de Chaumareys dans l’organisation des secours entraîna le désastre.


Au bout de quelques jours d’efforts inutiles, le navire fut abandonné. Les passagers montèrent à bord des quelques chaloupes disponibles, ainsi que sur un immense radeau de fortune, sur lequel 150 hommes, soldats, matelots et une femme prirent place. Chaumareys ainsi que Schmaltz et sa famille étaient à bord d’une chaloupe, dont il était convenu qu’elle devait remorquer le radeau. Hasard malheureux ou geste délibéré ? Quoiqu’il en soit, l’amarre fut rompue et le radeau surchargé et impossible à manœuvrer, abandonné en pleine mer. Pendant que les autres navires avaient rejoint le Sénégal et que leurs équipages s’inquiétaient du sort de leur vaisseau amiral ; pendant également que les chaloupes regagnaient soit directement Saint-Louis, soit les côtes de la Mauritanie, la situation se dégradait très vite à bord du radeau. Les vivres manquaient, les suicides et les émeutes succédaient aux bagarres ; les morts étaient nombreux. Des scènes d’anthropophagie débutèrent au bout de quelques jour.


Le treizième jour de dérive, alors qu’il ne restait à bord que 15 survivants hagards, l’Argus vint enfin les secourir. Les rescapés (parmi lesquels 5 moururent en route ou à leur arrivée à Saint-Louis) furent aidés par certaines familles métisses saint-louisiennes. A l’hôpital, le colonel anglais Walch vint les visiter. La métropole fut mise au courant par le récit rapidement publié (1817) de deux survivants, Correard et Savigny. L’affaire émut et fit scandale. Chaumareys fut jugé et condamné à l’emprisonnement et Géricault peint son tableau, dont la crudité des corps nus fit scandale à son tour. Pendant ce temps, Schmaltz récupéra effectivement la gouvernance du Sénégal, mais ce fut au prix de très nombreuses difficultés et humiliations ; les Anglais ayant fait preuve d’une évidente mauvaise volonté pour lui restituer les comptoirs. Plusieurs rescapés de ce naufrage eurent une descendance métisse au Sénégal.

 

Le radeau de la Méduse

Plan du radeau de la Méduse reconstitué dans l’ouvrage de Savigny et Correard, Relation des survivants du naufrage de la Méduse.

Rév. : 28-05-07