Une île sur l’eau salée

Que dire sur Gorée qui n’ait déjà été dit ? Et pourtant... il y aurait tant à dire, tant ce qu’il s’en dit est souvent déformé. L’île de Gorée est un petit morceau de basalte posé sur l’océan, abrité de la grande houle atlantique par la baie que forme la presqu’île du Cap-Vert. L’île elle-même est décrite par le botaniste Adanson comme ayant la forme d’un jambon et possède une plage par laquelle il est aisé de débarquer. Elle mesure moins d’un kilomètre dans sa plus grande longueur pour environ 300 mètres de largeur. Elle abrite aujourd’hui près de 2000 personnes, qui vivent  dans la partie basse, dominée par une colline appelée Castel, dont l’un des versants forme une falaise abrupte d’une trentaine de mètres de hauteur.


Ce n’est évidemment pas sa géographie qui est la caractéristique la plus marquante de Gorée mais son histoire, qui y attire chaque année des milliers de touristes. Les historiens s’entendent généralement pour attribuer au navigateur Dinis Diaz la paternité de sa “découverte” en 1444. Comme dans le Nouveau monde, l’île était évidemment déjà connue (et depuis l’époque  néolithique) des pêcheurs indigènes établis sur le continent. Les Portugais, qui développèrent pendant deux siècles une intense activité commerciale dans les comptoirs implantés tout au long de la côte de l’Afrique, n’installèrent à Gorée qu’une modeste chapelle au toit de paille. Ils en furent chassés par les Hollandais, qui y édifièrent deux deux forts pour protéger leur commerce. On y traitait essentiellement le cuir et l’ivoire. C’est à partir de 1621, avec la création de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, que l’île commença à devenir un entrepôt relativement florissant de la  traite des esclaves. L’île fut ensuite prise et reprise, en alternance par les Anglais et les Français. Tandis que les fortifications étaient détruites et rebâties, la petite ville se consolidait, sous l’impulsions des signares et se structurait par la volonté des autorités coloniales.


L’abolition définitive de l’esclavage en 1848 aurait pu marquer le déclin de l’île, mais c’est le contraire qui se produisit. Les esclaves affranchis restèrent sur place et de nombreux autres vinrent s’y réfugier. Malgré les épidémies de fièvre jaune ou de choléra qui s’y succédaient, Gorée était surnommée “la joyeuse” ; elle accueillait alors près de 6000 personnes. C’est de la fondation officielle de la ville de Dakar en 1857, que vint le coup fatal. La petite île perdit peu à peu son intérêt stratégique et son statut privilégié. L’ère des comptoirs avait fait place à celle de la colonisation.

 

L’île de Gorée

Le port de Gorée photographiée par Bonnevide dans les années 1880.

Plan de Gorée figurant dans l’Atlas pour servir au voyage du Sénégal de Jean-Baptiste Léonard Durand, paru en 1801. Il dresse cependant un état beaucoup plus ancien de l’île, alors qu’elle était encore entourée de fortifications (source IFAN). Ci-contre Gorée dans les années 1880 photographiée par Huas (source Gallica).

Rév. : 17-03-07