Une île sur l’eau douce

Située sur le fleuve Sénégal, à proximité de son embouchure, l’île Saint-Louis est séparée de l’océan par cette étonnante formation sablonneuse que constitue la Langue de Barbarie. En 1659, le Normand Louis Caullier fonde sur cette île, appelée Ndar par les Indigènes, un fort, destiné à contrôler le commerce sur le fleuve. La barre rend très dangereuse l’accès au fleuve, mais tout accostage des navires européens est impossible par la mer. Lorsque le botaniste Adanson y séjourne en 1749, une petite ville s’y est déjà créée autour du fort, qui compte environ 3000 personnes. Devant les incendies à répétition des cases de paille, les autorités coloniales imposent un alignement rigoureux des concessions.


Comme à Gorée, les signares prospèrent et s’enrichissent. Elles construisent les premières maisons en dur et imposent une architecture métisse originale. Le commerce sur le fleuve prend un essor important. La gomme, principalement y est traitée aux escales avec les tribus maures, mais également l’ivoire, le cuir, la cire, l’or et, bien sûr, les esclaves. Devant l’importance du trafic maritime et fluvial, des quais sont aménagés sur les rives de l’île, sur lesquels sont bâtis des entrepôts commerciaux. Mais la navigation sur le fleuve reste dangereuse et redoutée à cause des maladies et des fréquentes attaques des tribus riveraines. Ce n’est qu’avec la politique de “pacification” menée par Faidherbe après 1854 que la navigation commence à être un peu plus sécurisée. Paradoxalement, cette époque marque également la diminution du commerce de la gomme au profit celui de l’arachide et la fin de la prééminence de Saint-Louis sur Dakar.


La construction de la ligne de chemin de fer entre Dakar et Saint-Louis en 1885 entérine cette nouvelle donne. Progressivement les grandes maisons de commerce bordelaises désertent Saint-Louis et ferment leurs entrepôts sur les quais. En 1958, la ville perd définitivement le statut de capitale qu’elle avait acquis un siècle plus tôt.

 

L’île Saint-Louis

Plan de la partie centrale de l’île Saint-Louis en 1705 par François Froger. On y voit déjà quelques cases à proximité du fort (source Gallica).

Pendant les travaux de construction du nouveau pont Faidherbe en 1897, l’ancien pont de bateaux était resté en service (source CRDS).

L’île Saint-Louis et le réseau hydrographique du fleuve Sénégal sur un plan de Labat publié en 1727 (coll. A. Guillabert).

Ci-dessous, extrait d’une vue de Saint-Louis réalisée en 1821 par Davy, capitaine des sapeurs (source CRDS).

Vue du fort Saint-Louis en 1685, transformé en palais au XIXe siècle.

Rév. : 28-05-07